Diverses chambres des métiers, nombreuses corporations, associations professionnelles variées, officines publicitaires diverses, sont sous le choc. L'une d'elles, l'association des épiciers vient de magistralement réussir un coup auquel aucune n'avait pensé - ou au moins qu'aucune n'avait osé-: s'investir du droit de se délivrer des brevets de morale, estampiller son commerce de bonne moeurs, labelliser son activité de civisme, de bégninité, de salubrité... quoi d'autre encore?
Aussi après l'épicerie qui proclame partout (depuis les étiquettes jusqu'aux vitrines) se livrer à un commerce "équitable" , le notariat envisage-t-il de déposer le label de notaire "honnête", la basoche celle d’avocat « intègre », la banque de financier « désintéressé », l'Information celui de journaliste « probe », la comptabilité celui d'expert (pardon, c'est déjà fait) « scrupuleux», le gouvernement de ministre « incorruptible ».
On tient en réserve, à l’usage des lobbies qui le voudraient bien, les adjectifs suivants: loyal, tolérant, solidaire, frugal, curatif, tempéré, réfléchi, qui n’auront qu’à les homologuer sans demander rien à personne.
On attend de voir sur les plaques de cuivre, les néons des enseignes le long de nos rues: avoué probe, géométre exact professeur instruit, juge impartial, coiffeur éthique, poubelleur citoyen, artiste authentique, médecin humain.
Evidemment les récalcitrants à l'obtention de ces labels (par des voies qu'il ne nous appartient pas d'étudier ici -mais il suffira encore de s'inspirer de nos épiciers-) ces récalcitrants donc, ou simplement ces modestes, courent le risque sans l'estampille syndicale de se voir désignés tel ce notaire-là de « véreux », cet avocat-là de « marron », ce journaliste là de « délateur », ce banquier-là de « cupide », ce sportif-là de « fumiste », ce contrôleur de « vendu »....