On néglige beaucoup la gratitude que nous devons à nos enseignants, à nos artistes, à nos faiseurs de modes et d'opinions. À ceux qui ont popularisé auprès des jeunes gens et des jeunes filles
les "fais ce que voudras", "deviens ce que tu es", "donne sa chance au poéte qui est en toi" etc...
Quelle prescience il ont eu du monde qui allait venir! Où la désindustrialisation allait volatiliser des milliers d'emplois! Autant que les jeunes gens n'eurent pas à prendre en charge. Finies
ces vies industrieuses et médiocres: celles de leurs pères. Pour eux s'ouvraient en grand les voies de l'Art et du Spectacle... Carrières incertaines, succès aléatoires, concurrence endiablée,
qu'importe la "vache enragée" ne fait-elle pas partie des figures imposées; Artiste, jeune espoir, star de demain cela ne valait -il pas qu'on s'installe en précarité permanente avec la maigre
solde d'un RMIntermittence plutôt que de venir grossir un marché de l'emploi traditionnel, sinistré?
Le succès a pris un telle ampleur qu'on ne trouve plus assez de monde pour des travaux, indispensables, de basses oeuvres assurément, et que l'on doit recourir à la main d'oeuvre étrangère.
laquelle a des enfants qui se persuadent vite, eux aussi, qu'ils ne sont pas là pour faire ce que fit leur père. C'est pourquoi faut-il faire appel maintenant à leurs oncles et bientôt à leurs
cousins.
Mais quelle prescience aujourd'hui doit-elle nous guider dans nos conseils aux jeunes gens; maintenant que l'appauvrissement est à ce point que nous ne pouvons vouer à la Culture et au Spectacle,
dont les réalisations ne rencontrent un public que lorsque elles sont gratuites, "portes ouvertes", subventionnées ou téléchargeables, que des dépenses de plus en plus intermittentes?