Charente maritime
maritime des marées
Charente des salines
dolines des marais
marine :
des trainées de pâles nébulosités
de brises édulcoréés
de minces rouleaux d’écumes
venant s’évaporer
Charente des étangs râtelés
des étiers envasées
des prés salés
des horizons décolorés
des lointains bordés de peupliers
la procession des nuages est commencée
la France du haut des ballasts
rails canaux de conserve longés
ruisseaux enjambés de pontets
le train court comme entre deux haies
comme au coeur d’un bosquet
ou le long d’une orée
voie nivelée de remblais
de terre levée
de terrains décaissés
enjaunis des genets
voies encagés de poutrelles forgées
trouées dans les charmilles
taillis et fourrés
à travers les feuillages ajourés
champs quadrillés
salines facetées l
la fleur du sel s’y fait
petits châteaux au bout de longues allées
Terres des Lusignan
sénéchaussées patentées
les noms sont d’un langage oublié
les lieux ont des mots qui en raconteraient
des guerres oubliées
de gloires rêvées
ce fourré piqué d’un cyprès
c’est la tombe d’un réformé
voie-boisée ligne arborée
c’est du noisetier et de l’églantier
du sorbier
courts tracé de gares annoncées
de gares dépassées
quais de pierres mêlées
bleutées des Pyrénées
clivées grisées du Nivernais
sous les rails acier
c’est maintenant ou jamais
reprise des vallées après le défilé
les muriers ont fait oublier les peupliers
ça passe dans la saignée
de passages encaissés
dans la pierre taillée
ou le tuff écroulé
les pentes contrefortées
de rochers grillagés
sinon c’est du remblai
de terre rapportée
de la hauteur gagnée
sur la combe le marais
on roule comme à couvert
sous la ramée
à découvert peu après
éclairé c’est l’été
France des villages en chapelets
des pans des toits tuiliers mêlés aux ardoisiers
des chiens-assis des cheminées
France vue côté jardins jardinets
encabanés de poulaillers remises vieux wc
encombrés de caravane béquillée
d’autos renversées désossées
on passe chez les particuliers
allées d’arbres mais de fruitiers
damiers des peupleraies
et bientôt une usine de palettes de casiers
moulins déchus jadis altiers
transformateurs aux portes tôlées
les longs réseaux d’hirondelles rassemblés
le tronc d’un poirier ceinture d’un clapier
ce bas et long bâtiment c’est le chai
pas une baie pas un oeil de boeuf
dans le noir le vin se fait
la côte ici sable et galets
falaises et grottes à l’estuaire
les eaux a leurs parloirs
la lame de mer, toute salée
à nouveau se caresse aux rochers.
marennes en fond de baie
barques échouées à côté de casiers
la mer cachait tant d’espaliers !
où se dépose le frai huitrier
la mer les nuages éternelle querelle
l’iode sous l’azur rodait
France où j’aimai
(Les Gages de la Grâce)