Molière nous en a prévenu: de toutes les professions celles de thérapeutes sont celles l'on est le mieux disposé à l'escroquerie. À notre époque, les psychologues tiennent le pompon. On serait en
droit d'attendre de ses spécialistes qu'ils disent quels effets nous devons craindre de notre propre caractères et des humeurs d'autrui, de nous informer des phénomènes mentaux qui risquent de
perturber le climat de nos jours. En somme, qu'ils surveillent, la météo des passions humaines et recommandent quelques préventions et précautions. Ces descriptions de nos paysages intérieurs, de
leurs douceurs et de leurs ravages étaient l'apanage des écrivains. Au demeurant c'est toujours dans nos Universités de Lettres que les psys acquièrent leur savoir. On y est plus tolérant à la
fantaisie.
Mais, jaloux du prestige des savants, et du train de vie des médecins. leur discipline a emprunté à la Science sa démarche: la recherche des causes. Des causes de nos météores intérieurs. Car
savoir pourquoi souffle l'ouragan pose mieux son homme que de barreauder les volets.
À la différence des savants ils ne se sont pas mis en tracas d'appareil(lages)s de démonstration coûteux ni de coûteuses installations de soins. Une antichambre à la maison, un cagibi dans un
collège, un hangar partagé avec une chapelle ardente au bord d'une piste d'aéroport leur conviennent parfaitement.
Il est vrai qu'ils ont à intervenir sur des "organes" de peu d'encombrement: la mémoire et l'imagination. Leur malade ne se souvient pas de ce dont il doit se souvenir et mal de ce dont il se
souvient. En raison de quoi il imagine mal ce qu'il doit imaginer. Le malade l'est toujours de l'imagination: Son imaginaire est malade.
Il suffit dés lors de lui dire quoi et comment il doit se rappeler des choses qu'il doit se rappeler.
Aussi quand vient le moment de le/la quitter le/la psy ne tend pas une ordonnance mais cette prescription: "Puisque vous savez maintenant les causes de votre mal, guérir vous revient". Le tarif,
ensuite, est à la mesure de la crédulité du malade. Il n'a rien d'imaginaire.