Un texte de Carmiquel a été retenu par les lecteurs du site Oniris.be.
. On y trouve des nouvelles (dix catégories) et des poèmes (sept catégories)
Voici comment le site se présente dans sa page d’accueil:
Oniris se veut un site vivant. En effet, vous trouverez ici une véritable communauté occupée à toutes sortes d'activités comme l'écriture,
l'évaluation des récits, l'échange d'informations littéraires ou linguistiques, ou encore la correction orthographique et typographique des récits reçus afin de présenter les publications au
meilleur niveau possible. Sans oublier les moments de détente et de récréation...
Et il tient en effet ses promesses.
Ce site mérite la visite: http://www.oniris.be/
TAMBOURS BATTUS
Tape tape
c’est que de la peau
de la peau qui en a vu déjà trop
Tape
il y a là
que du cuir et du bois de cageot
que cuir cuivre
zinc nickel
stainless steel
pacotilles
Des coups
c’est tout ce que ça vaut
Sens ce qui vient par la peau
l’impatience partout a le même tempo:
cliquent les doigts illico
pianotent les ongles le bureau
tambourinent la main au carreau
talonnent les pieds le lino
la colère déjà montre son museau
Frappe comme tous ceux-là
sur la porte de son tacot
sur le plancher de son studio
sur le flanc de son rafiot
Ils tapent et toujours crescendo
mécano flamenco bosco
et la rage trouve ses propres mots
Tape
avec tous ceux-là
les bidons de vidange dans les Texaco
les steel-bands plazza de Mayo
les gongs-vaudous près des braséros
Agace la soie des tympans
froisse le daim des plexus
griffe la corde des nerfs
les plèvres ont des soubresauts
la fontanelle ou le pouls
les membranes se mettent à l’écho
Yeba come on
tu es dans le vrai on y va
-dans le mur? qui va croire ça
Ronfle roule grêle mitraille tonne
Fais nous les pluies la crue qui dévale des rios
Fais nous
l’orage l’éclair et la panique des broncos
encore
les tirs du volcan tout là-haut
les rocs déboulent des Mornes hauts
et la lave vaporise l’eau dans les lits des ruisseaux
la panique
et tous les appels aux radios
Ca donne cogne
y a du rebond du répons
l’impact réplique à l’attaque
tac au tac
le cuivre électrise
le cuir tétanise
De quel timbre est la peau?
Cogne tes coups
ça sonne ça saoule
d’un swing vise les abdos
soigne ta gauche lâche tes coups
ta droite! insiste furax
au thorax
Ray Sugar swingue sur Mingus
Ali Cassius jerke sur Hendrix
Entends là-haut l’écho des bravos
Ça sonne et ça tangue comme un k.o
dans le tête c’est comme
la chute de ballots
dans la soute d’un cargo
Debout
tape cogne
pare
Tes bras contre des corbeaux
chassent tes visions de schizo
Contre t’as même pas
une latte comme Cyrano
seulement deux bouts de bois de fagot
Le soleil est déjà bien haut
-et pour ce jour...
de la peine plus qu’il n’en faut...
Assez de faire le gros dos:
quelques claques comme dans un dos
la main cherche le contact
du muscle
de la peau sous le maillot
Topons la peau de nos paumes
and We go
Frappe
Passé les premiers coups
le silence est de trop
la cadence sort de l’incognito
au thorax s’anime un staccato
le pouls saccade de ressauts
Du rythme c’est tout ce qu’il faut
-et les compteurs repartent à zéro
S’écroulent les murs de Jéricho
partout partout Ground zero
les vitrines
les façades
les projets mégalos
calvin kelvin hugo boss renzo-piano
de Houston à Oslo partout les même zozos
y en a que pour les escrocs
look plouc fringues dingues design inox-plexi
déglingue
A la casse ce toc
ces fourbis de neus-neus
dézingue
ces caisses customisées
de ces zins -zins camelotés
bouzille
massacre c’est que du toc
T’es bon qu’à ça qu’à casser
Caillasse! casse!
c’est classe...
Tant que toujours tu auras
des paumes des doigts
et des ongles dans le gras de la peau
Tape
tant pis tant mieux si c’est toi que ça sonne
Dis
les mains qu'on cloue les bras qu'on ligote
les poignets qu'on menotte
les souffles qu'on garotte
Hache à bras raccourcis
la tête est pas loin du billot
le cuivre tinte le cuir gongue
c’est l’heure c’est maintenant
l’approche la menace l’imminence
la pierre aiguise le couteau
les Marrons courent aux flambeaux
le fer se trempe sous les marteaux
il est tranchant comme une faux
Et à toi de dire ton mot
tu l’as au bout de tes pinceaux
de tes baguettes de mikado
joue de la vie le dernier écho
la roulade de la marche à l’échafaud
le ra à l’arrivée du bourreau
la salve sur le fusillé lié au poteau
roulements roulements toujours
avant le grand saut
le double-salto
Dis
plumiers,crayons, stylos
qui martèlent
les pupitres, les bureaux...
Pour l’âne le bonnet est de trop
Dis
le grabuge des coups de talons
des enfants des colos
humiliés d’une brimade de trop
Dis
la bronca des taulards à coups de plateaux
sur les tables du resto
ils saluent le fuyard
par les chiourmes rejeté au mitard
Dis
sur le bitume les chocs de deux mille croquenots
le pas en colère de mille métallos
leurs bras levés parmi les calicots
Nos peaux c’est nos peaux, c’est la peau de nos dos
nous n’avons qu’elle et nos os
toujours sur eux s’abattent les lassos
les torses sont courbés devant les vétos
la colère veut dire son mot
la révolte arracher le garrot
Décharge tout ce qu’on t’a mis sur le dos
qui éclate les temporaux
spasme colapse trombose tétanos
sangs qui te rongent jusqu’aux os
rock and ball baise and roll
ça saoule çà swingue
ferme les yeux
c’est jazzy et tango
Balance et va calypso:
dans ta main c’est la carte du capo
abat abat c’est toi qui as l’atout
Reno! à nous le gros lot le jackpot
Et les caillots forcent dans les vaisseaux
« veine énorme » la jute Rainbow!
CARMIQUEL Tambours battus